F6BFH/P - F9IE/P - Ile de Molène - 5 au 8 mai 2001 par F6BFH, F6EGG, F9IE



L'île de Ledennez vraz vue depuis Molène
Moal Enez... C’est le nom breton de l’île de Molène. Cela signifie l’île chauve.
Cet archipel, situé entre la pointe Saint Mathieu et Ouessant, étire son chapelet d’îles et d’îlots verdoyants sur la mer d’Iroise, dont les couleurs varient du noir d’encre à la transparence turquoise, en passant par toute une gamme de verts et de bruns.

L’archipel est constitué de sept îles principales Molène, Bannec, Balanec, Triélen, Béniguet, Ledenes Vraz, Litiri, de quelques dizaines d’îlots et de centaines d’écueils émergeant à peine, sur lesquels vient se briser la houle du large, faisant, sous le soleil, étinceller des nuages d’écume. Certains de ces îles et îlots ont étés classés comme réserve naturelle.
Un grand môle protège un port naturel où niche une flotille de bateaux de pêche aux couleurs vives.
Avec un peu de patience et une bonne paire de jumelles, on peut y observer des phoques gris, des dauphins, des loutres de mer, des pétrels tempête ou des puffins anglais plus connu sous le nom de macareux. Molène est classée « Man and Biosphère » (l’Homme et la Biosphère) par l’ UNESCO. Balayée en permanence par le vent, c’ est la seule île habitée. Large de 800 mètres et longue de 1,2 Km sa superficie est de 1 km2. Ici la nature est intacte, dès que l’on sort du village, on est émerveillé par l’environnement sauvage et lorsque le soleil brille il illumine les fleurs de la lande.
C’est un endroit où on vit au rythme des marées. Le passage des bateaux, l’Enez Eussa III (Ile d’Ouessant ) ou le Fromveur le matin et le soir est un événement. Ici, on ne peut prévoir à l’avance un menu, on fait son repas en fonction des denrées que l’on trouve chez le seul épicier de l’île, le ravitaillement vient, bien entendu du continent.



Vue générale de Molène village
Le village de 271 habitants, pêcheurs de père en fils, est constitué de maisons de pierre grises, dominées par un sémaphore aujourd’hui désarmé et reconverti en musée du sauvetage en mer par la SNSM, (Société Nationale des Sauveteurs en Mer). Du sommet, la vue est magnifique, on peut voir la pointe Saint Mathieu côté continent et le phare du Stiff sur l’île d’Ouessant.
Un autre musée à été ouvert en souvenir du naufrage d’un paquebot anglais, le « Drummond Castle ». C’est l’accident le plus meurtier survenu dans les parages. Ce paquebot a heurté un écueil par une nuit brumeuse en 1896. Il n’y a eu que trois rescapés sur les 249 passagers et hommes d’équipage.
Les pêcheurs Molénais, au risque de leur vie, ont récupéré dix sept corps, qui sont enterrés dans le petit cimetière de l’île. La visite de ce musée et, surtout, les commentaires de son conservateur vous laisserons un souvenir impérissable.
Entre Ouessant et Molène, le passage du Fromveur est extrêment dangeureux, la vitesse du courant peut atteindre 9 nœuds, soit 16 Km/h. C’est un des courants les plus puissants d’Europe. Ne dit on pas dans un proverbe de marin breton : "Qui voit Molène voit sa peine, Qui voit Ouessant voit son sang, Qui voit Sein voit sa fin, Mais qui voit Groix voit sa joie", c’est bien résumer les conditions de navigation dans cette région maritime, qui a fait trembler des générations de Commandants de bâteaux.



Le départ en bateau de F6EGG, XYL F9IE, et F9IE


F6BFH en plein trafic sur Ledennez Vraz
Le vendredi 4 mai, nous quittons Rouen en direction de Brest. C’est Danielle mon Epouse qui est au volant, prudence oblige, je fais un peu de trafic sur la VHF. 520 km plus tard, nous arrivons dans la cité Brestoise, où nous passons la nuit. Nous retrouvons l’ambiance si particulière et si attachante des ports. Le lendemain nous embarquons sur le FROMVEUR qui assure la traversée entre Brest et Ouessant, avec escale à Molène. C’est un bateau doté de 2 moteurs de 2200CV, navigant à une vitesse de 16 nœuds, pouvant embarquer 365 passagers. La traversée dure 45 minutes au départ du Conquet à la sortie du goulet de Brest. Par VHF, j’entre en contact avec Bernard F9IE qui est sur l’île depuis deux jours en compagnie de Micheline son Epouse et de Jacqueline F6EGG. Ils récidivent, les jours précédents ils étaient aux Glénans. Le temps est superbe et nous naviguons comme sur un lac. Ce qui n’est pas du tout le cas en hiver car ce coin est souvent le siège de très violentes tempêtes.
Après un accueil chaleureux de nos amis, nous découvrons la maison, située à une centaine de mètres du débarcadère. Elle est très facile à repérer dans le village, c’est la seule dont une antenne verticale dépasse les toits. J’apporte avec moi des dipôles, qui remplaceront la multi bandes verticale. En moins de temps qui ne le faut pour le dire, quatre dipôles sont montés en sloper, 30, 40 (et 15), 20, 17 mètres. Nous utilisons l’IC706MK2, le type d’appareil tout à fait adapté à ce genre d’opération.
Molène, pour le diplôme mondial des îles (IOTA) est référencé EU065, et pour le Dipôme des Iles Françaises de la Métropole AT002. Bernard et Jacqueline très gentiment me laisse le micro.

Dès les premiers appels, de nombreuses stations se manifestent et, en quelques instants, c’est le pile up. Il est vrai qu’avec le Packet Cluster les nouvelles se propagent comme une trainée de poudre. Les émissions sont stoppées pendant l’heure du repas. Après diner, une petite promenade nous fait apprécier le calme de l’île, bercée par le bruit du vent et le chant des oiseaux marins. Le ciel est sans nuages, et le coucher de soleil est magnifique, nos femmes en profitent pour fixer ces instants sur la pellicule.
Le soir nous ne faisons que de la graphie, pour ne pas faire de bruit, mais il faut aussi l’avouer, Bernard et moi-même sommes des passionnés de ce mode. Sur le 10,1 Mhz, nous sommes obligés de trafiquer en fréquences séparées, tellement il y a de stations à nous appeler, un vrai plaisir, plus... une drogue… la moyenne est de 150 contacts à l’heure. La propagation nous trahie vers minuit, ce qui fait que nous passons de bonnes nuits à dormir. Nous sommes aussi là pour nous reposer et profiter de l’environnement.
Les Molénais sont très chaleureux et prennent le temps de vivre. Ici c’est l’heure solaire qui rythme le temps. Il sont un peu intrigué par les antennes, mais quelques explications suffisent, et, dans les heures qui suivent, tout le village sait ce que nous faisons.

Une idée a germé dans nos têtes de radioamateur, et si on essayeait d’activer une petite île qui compte séparemment pour le DIFM. Renseignements pris, l’île voisine de Ledenes Vraz (l’île d’à côté en breton dans le texte), est accessible à pied pendant environ deux heures à marée basse. Mais sur cette île, la fée électricité est absente. Après un premier repérage, il s’avère qu’a part les ruines de deux baraques de goémoniers, il n’y a rien, sa population se résume à des lapins sauvages et des oiseaux de mer.
Il nous faut donc trouver une batterie. Il n’y a que deux voitures sur l’île, et dans la journée, la majorité des hommes est en mer. L’équipe se met en quête de l’information magique, et, un soir nous allons frapper à la porte du Responsable de la Réserve naturelle, qui d’après certains, utilise une batterie pour ses appareils, lorsqu’il va sur les îles. Mais, manque de chance, sa batterie est hors service, et il en attend une neuve du continent, mais il nous envoie chez le responsable EDF de l’île, qui d’après lui, pourrait peut-être nous dépanner. Nous devons attendre 21h30 pour rencontrer ce Monsieur, absent de son domicile étant en mission pour la SNSM. Il n’a pas de batterie à titre professionnel, mais il va démonter celle de son tracteur pour nous la prêter. Même le transport ne posera pas de problème, puisqu’il nous prête également la brouette qui va bien nous aider. Je vous parlais de la gentillesse des habitants, une preuve de plus.
Bernard, Micheline et Jacqueline nous abandonne, à regret ce 7 mai au soir, mais obligations professionnelles obligent. Je me renseigne des possibilités d’accès sur Ledenes Vraz pour demain. Le créneau est entre 12 et 14 heures, à cause de la marée à fort coefficient.

Ce matin du 8 mai, je monte un dipôle 7 mhz afin de prévenir les amis de l’opération qui ne pourra durer qu’une heure, compte tenu du trajet aller et retour ainsi que du montage et démontage de l’équipement. Certains m’ont dit que j’aurais pu choisir une autre heure que celle du repas, mais, malgré mes relations sur l’île, je n’ai pas réussi à faire changer l’heure de la marée… (!!!) Pour information nous avons pris notre repas à seize heures.



Un moyen comme un autre de transporter une batterie de 90 A/h
A midi nous sommes sur la grève, et quel équipage, Danielle porte le sac à dos avec l’équipement radio et je pousse ou tire la brouette en fonction de la configuration du terrain, la batterie est une 90 A/H. Après quelques mètres, nous avons les pieds mouillés, la progression est rendue difficile à cause du goemon qui est glissant comme du verglas. En vingt minutes nous arrivons sur Ledenes Vraz. Le dipole est accroché entre les deux ruines de maisons des goémoniers, le centre de l’antenne est à…un mètre du sol. Par téléphone portable (et oui !…), j’averti mon ami Bernard F9IE que je suis prêt à démarrer, mais je n’ai qu’une cinquantaine de minutes pour activer AT042…
Il arrive sur le 7.060 avec un signal impressionnant, je n’en reviens pas, étant donné les conditions de trafic. Suite aux essais avec Bernard, je bride l’IC706 à 30 watts. Commencent alors les opérations. Les amis que j’avais prévenus ce matin sont tous là, y compris ceux qui vont manger en retard (non… je blague…). Je retrouve la convivialité dans la voix des copains, même si le contact est rapide. Juste un petit conseil pour certains, lors d’une opération du type de celle çi, c’est-à-dire limité dans le temps, éviter d’épeler votre prénom (en plus je connais l’orthographe des prénoms et des villes de France….. aïe, encore un coup de griffe…), et pour la personne qui m’a dit que je n’étais tout de même pas une station de la Corée du Nord pour trafiquer de cette manière, je lui conseille d ‘écouter RFO, mais il aura l’interactivité en moins (aïe, aïe…là, je deviens sarcastique…). Pendant ce temps, Danielle fait quelques photos sur ce petit bout de terre balayé par un vent si fort que plusieurs fois mon carnet de trafic s’envole.
Au bout de 50 minutes, elle me rappelle à l’ordre, il faut replier le matériel, sinon nous sommes condamnés à rester le temps d’une marée ici, et c’est à exclure car nous partons au bateau de 17 heures. Cinquante deux minutes plus tard, je salue à nouveau mon Ami Bernard, qui, lui aussi a mangé au retard (là ce n’est plus un clou, mais un pieu que j’enfonce…). Quatre vingts indicatifs différents sont dans le carnet de trafic. Cette île a, par le passé, été activée par mes amis Didier F6ELE et Bertrand F6HKA.
Comme quoi, il n’est pas nécessaire d’aller à l’autre bout du monde pour connaître l’aventure.


Au plaisir de vous retrouver depuis une autre île…

Alain F6BFH